Un patchwork de réglementations exerce aujourd’hui une pression économique considérable sur les services financiers. Une approche plus harmonisée, à l’échellepaneuropéenne, de la vérification d’identité et de la lutte contre le blanchiment d’argent (LCB-FT) pourrait-elle faciliter les opérations ? Ou bien les coûts associés à la conformité risquent-ils d’aggraver la situation ?
En juin 2025, on dénombrait environ 4 752 marques bancaires actives dans l’Union européenne, soit 10 % de moins qu’en 2023 (5 304), une année qui avait déjà enregistré une baisse de 2,9 % par rapport à l’année précédente.
Cette diminution s’explique par plusieurs facteurs, mais elle est souvent liée à la capacité des banques à rester efficaces et rentables face aux évolutions du marché, aux mutations technologiques et à la nécessité de proposer les services et l’expérience attendus par les consommateurs.
« Les défis liés à l’activité bancaire en Europe incluent la nécessité de proposer une large gamme de méthodes de verification d’identité, de traiter des centaines de types de documents d’identité différents, et de se conformer aux interpretations nationales des cadres réglementaires les plus stricts.
Rester rentable et efficace en 2025 et au-delà n’est pas une mince affaire. C’est pourquoi de nombreuses banques sont en transformation structurelle ou digitale quasi permanente, ou choisissent de se regrouper avec d’autres marques.
Uwe Pfizenmaier, Director of Product chez IDnow.
Sous pression réglementaire.
Si les réglementations visent à protéger les consommateurs et à garantir la stabilité des marchés financiers, elles exercent aussi une pression économique considérable sur les banques. Par exemple, les plus grands établissements européens dépensent en moyenne 14,5 millions d’euros par an pour se conformer aux exigences LCB-FT et KYC. Avec l’entrée en vigueur de la 6e directive anti-blanchiment (AMLD6) en 2024, ces coûts ont encore augmenté. Selon une étude de PWC, plus de la moitié des institutions financières ont vu leurs dépenses de conformité LCB-FT croître de plus de 10 % au cours des deux dernières années.
Le non-respect de ces obligations peut avoir des conséquences catastrophiques : les amendes minimales pour infractions graves ont doublé, passant de 5 à 10 millions d’euros. Certaines banques s’en sortent avec une sanction financière, d’autres perdent purement et simplement leur licence.
Au-delà des directives anti-blanchiment historiques (AMLD), de nouvelles réglementations font leur apparition, comme le Digital Operational Resilience Act (DORA), qui vise à renforcer la sécurité informatique des établissements financiers (banques, compagnies d’assurance, sociétés d’investissement) et à garantir leur résilience en cas de perturbation majeure. Se conformer à DORA peut coûter jusqu’à 1 million d’euros par banque, mais le coût du non-respect est bien plus élevé : les sanctions peuvent atteindre 2 % du chiffre d’affaires mondial annuel ou 1 % du chiffre d’affaires quotidien moyen.
Face à ces enjeux, la conformité aux réglementations nouvelles et anciennes est devenue une priorité absolue pour les banques européennes. En moyenne, de nombreux acteurs du secteur consacrent désormais plus de 10 % de leur budget à de nouveaux outils et technologies de conformité.
Pour le consommateur, il n’a jamais été aussi simple de s’inscrire et de démarrer son parcours client grâce à la diversité des méthodes de vérification d’identité. Mais pour les banques, garantir une expérience conforme à travers toute l’Europe reste un défi complexe, qui ne fera que s’intensifier au cours des deux prochaines années. Après 2027, en théorie, l’exploitation dans l’UE devrait devenir plus simple et plus efficace. Mais d’ici là, il faudra s’accrocher…
Pourquoi les services financiers sont-ils devenus si fragmentés ?
Avant de se tourner vers l’avenir, il est essentiel de comprendre comment le secteur financier européen en est arrivé à une telle fragmentation. En 2014, l’Unioneuropéenne a adopté le règlement eIDAS (Electronic IDentification, Authentication and Trust Services) pour faciliter les transactions financières en ligne, sécurisées et transfrontalières.
Malgré ces bonnes intentions, la première version du règlement n’a pas atteint ses objectifs : en 2020, seuls 60 % des citoyens de l’UE avaient accès à un systèmed’identification de confiance, et le taux d’adoption réel était encore plus faible. L’interopérabilité entre les services et infrastructures nationaux est également restéelimitée, empêchant l’utilisation du dispositif comme système international de connaissance client (KYC).
En 2025, chaque État membre de l’UE applique non seulement sa propre interprétation des règles LCB-FT, avec ses propres standards de contrôle, mais aussi des exigences réglementaires différentes pour la vérification d’identité à distance. Par exemple, certains régulateurs européens acceptent la vérification d’identitéentièrement automatisée, tandis que d’autres – comme la BaFin allemande – ont longtemps exigé une vérification en personne ou par vidéo lors de l’onboarding. Un projet de loi de 2024 ouvre toutefois la voie à plus d’automatisation, rapprochant progressivement l’Allemagne des pratiques du reste de l’UE.
Il est évident que la cohérence est essentielle pour lutter efficacement contre la fraude et le blanchiment d’argent en Europe. Pourtant, en 2025, l’UE demeure un patchwork de réglementations et de processus nationaux, ce qui fragilise encore le secteur financier.
Vers une harmonisation réglementaire de l’UE d’ici 2027.
L’Union européenne a lancé trois initiatives majeures pour harmoniser la lutte contre le blanchiment d’argent et la vérification d’identité à distance. Ces mesures visent à promouvoir la vérification d’identité numérique transfrontalière, à simplifier l’onboarding et le KYC, et à renforcer la sécurité des transactions numériques pour les banquescomme pour les consommateurs. Toutes entreront en vigueur dans l’UE d’ici fin 2027 ou début 2028.
eIDAS 2.0: Cette nouvelle version pose le cadre de l’Identité Numérique Européenne (EUDI) et impose à chaque État membre de fournir un portefeuille EUDI à ses citoyens d’icinovembre 2026. Elle corrige les faiblesses du texte initial (meilleure protection des données, nouveaux services de confiance comme l’archivage ou les attestations électroniques qualifiées d’attributs – QEAA). Les banques devront accepter ces portefeuilles pour l’onboarding et l’authentification au plus tard en novembre 2027.
Autorité européenne de lutte contre le blanchiment d’argent (AMLA): Cette nouvelle agence vise à instaurer un cadre cohérent et une supervision commune à travers l’Europe pour lutter contre le blanchiment et le financement du terrorisme. L’AMLA sera pleinement opérationnelle (avec 430 collaborateurs) et commencera sa supervision directe en 2028.
Règlement anti-blanchiment (AMLR): Probablement la réforme la plus ambitieuse, l’AMLR instaure un corpus unique de règles dans l’UE et renforce les contrôles KYC, le monitoring et la Due Diligence. Il standardise la vérification d’identité conforme autour de trois méthodes :
- Portefeuille EUDI : Utilisation du portefeuille EUDI pour l’authentification KYC et l’onboarding LCB-FT conforme.
- Schémas eID notifiés : Utilisation des schémas d’identification électronique nationaux (cartes à puce, mobile, login) et de tous les autres schémas européens.
- Services de confiance qualifiés : Utilisation de la signature électronique qualifiée (QES) et des attestations électroniques qualifiées d’attributs (QEAA) pour la vérification d’identité automatisée ou hybride.
L’AMLR remplacera l’approche actuelle fondée sur les directives nationales à partir de juillet 2027.
Selon l’étude d’impact de la Commission européenne, l’harmonisation des procédures d’onboarding pourrait générer des économies annuelles comprises entre 860 millions et 1,7 milliard d’euros, tandis que le renforcement de la lutte contre la fraude permettrait d’économiser entre 1,1 et 4,3 milliards d’euros par an.
Mais attention au coût caché…
La même étude souligne toutefois que la mise en conformité avec l’AMLR et eIDAS 2.0 entraînera des coûts significatifs. Si le montant exact varie selon la taille et la structure de chaque banque, la Commission européenne estime à plus de 3,2 milliards d’euros le coût global de mise en œuvre d’eIDAS 2.0.
Top 5 des défis de conformité pour les services financiers:
Pour se préparer à l’AMLR et à eIDAS 2.0, les banques européennes devront investir massivement dans la modernisation de leurs systèmes, la formation de leurséquipes et l’adaptation de leurs processus de conformité. Cela implique de repenser leur stack technologique, leurs procédures internes et leur stratégie d’expérienceclient. Voici les principaux postes de coûts à anticiper :
- Intégration de plus de 27 portefeuilles d’identité nationaux, chacun nécessitant une inscription distincte.
- Multiplicité des API et des formats de données : chaque portefeuille aura ses propres spécificités, ce qui augmente la complexité et les couts d’integration.
- Développement et maintenance : que les systèmes soient développés en interne ou via plusieurs prestataires, les coûts resteront élevés.
- Multiplication des méthodes conformes : bien que seul le portefeuille EUDI soit obligatoire, les banques qui souhaitent proposer les trois méthodes (services de confiance qualifiés, schémas eID, portefeuilles) devront faire face à des dépenses supplémentaires.
- Contrôles et vérifications de données en continu, nécessaires pour garantir la conformité et la sécurité des opérations.
« Si, par le passé, les banques européennes faisaient face à la fragmentation réglementaire, elles se heurtent désormais à des défis techniques et d’expérienceutilisateur majeurs. Ceux-ci peuvent être relevés avec les solutions adéquates, sans pour autant exploser les coûts. En tant que Prestataire de Services de Confiance Qualifié, IDnow prend en charge les trois méthodes d’identification requises via notre plateforme basée sur l’IA – permettant ainsi aux entreprises de transformer la conformité en un levier de confiance et de croissance durable, » conclut Uwe.
Pour en savoir plus sur la façon dont IDnow peut accompagner votre conformité AMLR, contactez des aujourd’hui notre équipe d’experts.
Par

Jody Houton
Senior PR & Content Manager chez IDnow
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