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Mobilité urbaine et autopartage au service de la mobilité verte. Entretien avec Sébastien Marteau.

Nous avons échangé avec Sébastien Marteau, Chief Commercial Officer chez Fluctuo, à propos des dernières tendances en matière d’autopartage, de décarbonation dans le secteur du transport, de l’avenir du secteur et des barrières qu’il rencontre.

Peut-on dire que les services d’autopartage sont de plus en plus populaires ? Le cas échant, quels sont les facteurs contribuant à son succès ?

Oui, très clairement. L’autopartage est une solution économique pour ne payer une voiture que lorsque c’est indispensable et répond ainsi à l’une des problématiques de pouvoir d’achat des français. Le bénéfice économique est réel lorsque l’on intègre tous les coûts associés à une voiture (achat, entretien, carburant, assurance…).

En période inflationniste, les services d’autopartage représentent un réel gain pour le consommateur. Ils permettent de mutualiser un véhicule. De plus, l’autopartage est perçu comme un mode de transport inclusif, facilitant l’accès à la voiture aux populations n’ayant pas toujours la possibilité d’en acquérir une.

Enfin, les services d’autopartage répondent à des impératifs écologiques qui résonnent de plus en plus dans nos sociétés actuelles.

À l’échelle européenne, les services d’autopartage ont connu une belle croissance en 2023. Les données de notre dernier Baromètre Européen de la Mobilité Partagée 2023 sur les services de ‘free floating’ qui couvre 115 villes en Europe montre un accroissement de la taille des flottes de voitures partagées de 25% alors que le nombre de trajet a augmenté de 39% avec des pays très dynamiques comme l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et les pays scandinaves notamment le Danemark et la Norvège.

Quelles sont les tendances que vous avez pu observer en termes d’autopartage ?

Selon le baromètre national de l’autopartage 2023, il y a un peu plus de 13 500 voitures partagées en France et 463 000 usagers actifs. En France, l’autopartage est présent dans 3% des communes (926 sur 34968 communes), soit 27,030,861 habitants ont accès à un service d’autopartage. On trouve ce type de service principalement dans les communes urbaines (770 sur 4193 (14%)).

Pour les communes rurales, où il existe de vraies carences, il y a beaucoup moins de services déployés selon le dernier baromètre de l’autopartage. En effet, seules 156 communes disposent de ce type de service, soit 321 282 habitants (sur 30 775 communes de ce type au total en France).

Comment se dessine aujourd’hui l’économie de l’autopartage ?

Le marché de l’autopartage est un mélange entre deux types d’acteurs : des acteurs privés, souvent liés à des constructeurs et positionnés sur les services de free floating ; et des acteurs associatifs ou des associations d’utilisateurs pour couvrir les services en stations. Ces derniers sont parfois en partie financés par les pouvoirs publics pour pouvoir se développer.

Les coûts restent néanmoins l’une des grandes problématiques dans l’économie de l’autopartage, comme ceux inhérents aux parkings ou au vandalisme.

Pour développer cette économie, il y a un réel besoin à ce que les opérateurs collaborent et partagent de la donnée pour pouvoir développer l’usage de l’autopartage. L’objectif est de s’unir afin de donner de la visibilité à cette industrie émergente, et contribuer à l’accroissement économique du secteur.

Si l’on met en perspective les 13509 voitures en autopartage par rapport aux 41,646 millions de voitures particulières du parc automobile français au 1er janvier 2024, le potentiel de développement est énorme.

Alors que de plus en plus de villes réalisent l’importance de la mobilité zéro émission et prennent des mesures en ce sens, comment les services d’autopartage peuvent-ils contribuer à la mobilité verte ?

L’autopartage est un accélérateur de la démotorisation : En proposant une solution simple et accessible pour les trajets nécessitant une voiture, l’autopartage permet à ses utilisateurs de remplacer leur véhicule personnel. Dans le cas d’un véhicule individuel, il est estimé qu’il reste à l’arrêt 95% du temps. Si l’on prend l’exemple de la France, nous estimons qu’un véhicule d’autopartage « en boucle » remplace entre 5 à 8 véhicules privés. Dans certains pays, cela va jusqu’à remplacer 12-15 voitures. Il y a donc un vrai besoin de réduire le nombre de véhicules individuels pour diminuer les émissions de carbone.

Par ailleurs, l’autopartage est aussi un accélérateur de la multimodalité : Les utilisateurs d’autopartage ont d’avantage recours aux transports publics (+18%), au train (+29%), au vélo (+22%) et à la marche (+38%). L’intégration des services d’autopartage dans les gares ferroviaires, les gares routières est très important.

Les opérateurs d’autopartage doivent-ils respecter des réglementations ou vérifications spécifiques aujourd’hui ?

Un opérateur d’autopartage doit très souvent obtenir une licence pour opérer sur un territoire, mais également s’affranchir des frais de parking de sa flotte. D’un point de vue de l’utilisateur, l’opérateur est également dans l’obligation de vérifier s’il dispose d’un permis en bonne et due forme et in fine vérifier son identité.

Les villes et les autorités de transport ont eu du mal à réglementer l’autopartage. La réglementation a souvent été trop restrictive limitant les capacités opérationnelles de ces services, et affectant leur modèle économique. Elles se sont plutôt attachées à limiter l’impact du système, plutôt que de collaborer avec les opérateurs pour maximiser les avantages globaux du système de mobilité.  Dans certains cas, les limites imposées à l’accès à la zone et au stationnement ont conduit les opérateurs à se retirer.

Quel est l’avenir de la mobilité verte selon vous ?

L’avenir de la mobilité verte est lié à la réduction du nombre de voiture individuelle et au développement du report modal vers des modes actifs et décarbonées comme la marche, le vélo, les transports publics. Selon l’Insee, la voiture est encore majoritaire pour les trajets domicile-travail de moins de 2km puisque qu’elle atteint 52.9%, il faut absolument accélérer le report modal vers les modes décarbonés. 

Si l’Europe veut atteindre ses objectifs de neutralité climatique d’ici à 2050 et de réduction nette des émissions de gaz à effet de serre de 90 % d’ici 2040 par rapport aux niveaux de 1990, les émissions devraient diminuer dans les transports de près de 80 % d’ici à 2040.

La décarbonisation du transport routier, le passage à des véhicules sans émissions et l’amélioration des transport publiques et de la mobilité partagés auront également un impact direct sur la qualité de l’air et, par conséquent, sur la santé de tous les Européens. La transition vers la neutralité climatique implique la promotion d’une mobilité durable et abordable, grâce à un aménagement urbain adéquat, qui sera important pour permettre plus de transports publics, plus d’autopartage, de covoiturage et une mobilité active comme la marche et le vélo pour les trajets de courte distance. Garantir l’accès de tous à des solutions abordables et accessibles en matière d’énergie nette zéro et de mobilité sera un élément essentiel de la transition. Pour pouvoir se démocratiser, l’autopartage devra également être intégré aux plans de transports publics et développer la multimodalité.

Quels sont les principaux défis auxquels sont confrontés les opérateurs d’autopartage aujourd’hui ?

Les opérateurs d’autopartage sont confrontés à plusieurs défis notamment :

  • Le vandalisme a un véritable impact sur la profitabilité de certains opérateurs avec pour conséquence des polices d’assurance très chères. Par exemple en Angleterre, il semble qu’il n’y ait plus d’assureurs privés qui se positionne sur ce marché. La détection des incidents est donc essentielle, afin que l’utilisateur rembourse les dégâts causés ;
  • La migration vers l’électrique. Il n’y que 11% des voitures en stations en France qui sont électriques contre 79% sur le free floating. Cette migration passera par l’éducation de l’utilisateur à son mode de fonctionnement ;
  • La profitabilité. Beaucoup ont eu du mal à être rentables en raison de coûts d’exploitation élevés, d’une mauvaise coordination avec les concurrents, de l’étroitesse du champ d’action, de modèles défavorables de partage avec les municipalités, (accords de stationnement inadéquats).

Quelles solutions les opérateurs d’autopartage recherchent-ils pour faciliter et sécuriser l’utilisation de leurs services ?

Avec l’explosion de l’IA générative, il y a de plus en plus de fraudes au permis de conduire et de falsifications de documents. Compte-tenu de leur forte croissance, il y a donc un enjeu important autour de l’identification et de l’authentification des utilisateurs dans les véhicules. Il est vital pour les opérateurs d’intégrer des solutions de vérifications d’identité très strictes, au risque de nuire à la profitabilité de leur modèle économique.

Vous souhaitez en savoir plus sur le futur de la micromobilité ? Découvrez notre interview avec François Hoehlinger.

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Mallaury Marie
Content Manager chez IDnow
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